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Un visionnaire nommé Herzl
André Chouraqui
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"Un jour, quand l'Etat d'Israël sera fondé, tout paraîtra simple et naturel. Mais peut-être un historien équitable surgira-t-il alors pour trouver que c'était quand même un événement remarquable, à l'heure de la plus basse dégradation du peuple juif, à l'époque de l'antisémitisme le plus sordide, qu'un journaliste dépourvu de moyens ait métamorphosé un chiffon en drapeau, une masse aville en nation." La vie de Herzl, remarquable de son vivant, devenait prophétique dès le 15 mai 1948, à l'heure où sa vision prenait corps : l'Etat d'Israël, dont il avait annoncé la création naissait dans les délais qu'il avait prévus. L'homme dont la vocation fut de mettre un terme à l'exil deux fois millénaire d'Israël, dont il conçut et organisa le retour sur sa terre ancestrale, prenait un relief unique, non seulement dans l'histoire de son peuple, mais dans celle de l'humanité. Herzl naît le mercredi 2 mai 1860 ; il s'éteint le dimanche 3 juillet 1904, âgé de quarante-quatre ans. Une vie brève, celle, cependant, d'un homme
qui infléchit l'histoire, sans autre moyen que le feu de son enthousiasme, la lucidité de sa vision. Un feu ne peut se cacher. Celui qui le ravageait brûlait au souffle de l'éternité. Le Buisson ardent et l'orage du Sinaï dans une même tête, Moïse ressuscité pour un Retour plus grandiose que la sortie d'Egypte, telle pourrait être l'image de ce journaliste en redingote qui s'éteignit dans un crachement de sang.
Le Seuil, 1960 ; Laffont, 1991
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